Peu de substances naturelles ont accumulé autant de données cliniques sur la glycémie que
la berbérine. Cet alcaloïde jaune, extrait de la racine de l’épine-vinette et d’autres plantes
de la pharmacopée chinoise, fait l’objet depuis vingt ans d’essais randomisés et de méta-
analyses publiés dans des revues à comité de lecture. Voici ce qu’ils ont mesuré, sur qui, à
quelles doses, et ce qu’ils ne permettent pas de conclure.
Les deux essais qui ont ouvert la voie
En 2008, l’équipe de Yin publie dans la revue Metabolism deux essais pilotes menés chez des patients diabétiques de type 2. Dans le premier, 36 patients nouvellement diagnostiqués reçoivent pendant trois mois soit 500 milligrammes de berbérine trois fois par jour, soit de la metformine. Les deux groupes voient leur hémoglobine glyquée passer d’environ 9,5 à 7,5 pour cent, avec des baisses comparables de la glycémie à jeun et post-prandiale. Dans le second, 48 patients mal contrôlés ajoutent la berbérine à leur traitement : l’HbA1c recule de 8,1 à 7,3 pour cent, l’insuline à jeun baisse de 28 pour cent et l’indice de résistance à l’insuline de 45 pour cent.
La même année, Zhang et ses collègues publient dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism un essai en double aveugle contre placebo chez 116 patients diabétiques présentant aussi une dyslipidémie. Après trois mois à un gramme par jour, la glycémie à jeun, l’HbA1c, les triglycérides, le cholestérol total et le LDL sont significativement plus bas que sous placebo.
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Ce que disent les méta-analyses
Une méta-analyse publiée en 2012 par Dong et ses collègues a regroupé 14 essais randomisés, soit 1 068 patients. Elle conclut que la berbérine associée à des mesures d’hygiène de vie abaisse davantage la glycémie que ces mesures seules, et qu’ajoutée à un antidiabétique oral, elle améliore le contrôle par rapport au médicament seul. En monothérapie face à un antidiabétique, aucune différence significative n’apparaissait.
Trois ans plus tard, Lan et son équipe élargissent le périmètre à 27 essais et 2 569 participants dans le Journal of Ethnopharmacology. Leurs conclusions vont dans le même sens : amélioration de la glycémie, des lipides et de la pression artérielle, efficacité comparable aux hypoglycémiants oraux, et aucun effet indésirable grave rapporté. Les auteurs soulignent toutefois la qualité méthodologique inégale des essais inclus, presque tous conduits en Chine, et la durée courte de la plupart d’entre eux.
Comment la berbérine agirait
Le mécanisme le plus étudié passe par l’activation de l’AMPK, une enzyme qui joue le rôle de capteur énergétique de la cellule, avec pour conséquences une meilleure captation du glucose par les muscles et une réduction de sa production par le foie. C’est une voie que partage la metformine, ce qui explique les comparaisons fréquentes entre les deux.
Une seconde piste a pris de l’importance : le microbiote intestinal. La berbérine étant très peu absorbée, moins d’un pour cent de la dose passe dans le sang, une part de son action s’exercerait dans l’intestin. En 2020, l’essai PREMOTE publié dans Nature Communications sur 409 patients diabétiques a montré que la berbérine abaissait l’HbA1c tout en modifiant la composition du microbiote et le métabolisme des acides biliaires, avec une diminution des bactéries productrices d’acide désoxycholique.
Ce que ces résultats ne disent pas
Ces essais portent sur des patients diabétiques, souvent traités, suivis médicalement. Ils ne disent rien de ce qui se passe chez une personne à la glycémie normale, et ils n’autorisent aucune substitution à un traitement prescrit. Les durées dépassent rarement trois mois, les effectifs restent modestes et les publications proviennent majoritairement d’un même pays. Enfin, les doses efficaces, 900 à 1 500 milligrammes par jour, relèvent d’un usage encadré, pas d’une prise en libre-service.
La question de la forme et de la qualité
Les essais utilisent de la berbérine purifiée, généralement sous forme de chlorhydrate, avec des teneurs contrôlées. Dans les compléments alimentaires, le titrage de l’extrait fait toute la différence : un extrait à 97 pour cent de berbérine et une poudre de racine brute n’ont rien de comparable, et seule l’indication du titrage permet de savoir ce que l’on prend. C’est le cas de l’extrait de berbérine Nutrition•pro, titré à 97 pour cent et issu de la racine de Berberis vulgaris. Les effets digestifs, constipation ou diarrhée, sont fréquents aux doses élevées, ce qui plaide pour une montée progressive et des prises fractionnées au moment des repas, comme dans les essais.
Précautions indispensables
Le point essentiel pour un lecteur concerné par sa glycémie : la berbérine n’est pas anodine. Associée à un traitement antidiabétique, elle peut renforcer son effet et exposer à une hypoglycémie ; toute prise chez une personne traitée relève d’une décision médicale, jamais d’une initiative personnelle. Elle interagit par ailleurs avec plusieurs médicaments via les voies d’élimination hépatique, dont certains immunosuppresseurs et anticoagulants. Elle est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement, et chez l’enfant. L’ANSES a consacré en 2019 un avis complet à ces risques, qui confirme que les doses actives sont des doses pharmacologiques.
La berbérine est l’un des rares actifs végétaux dont les effets sur la glycémie reposent sur des dizaines d’essais convergents. C’est précisément pour cela qu’elle mérite d’être prise au sérieux, dans les deux sens : comme une substance qui agit, et comme une substance qui, parce qu’elle agit, demande un avis médical.
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